Le ronronnement du centre énergétique faisait vibrer les dalles du vieux château. Il faisait chaud dans le couloir. Pourtant les températures de ce décembre neigeux auraient dû déposer une couche de givre sur tous les meubles cirés ; d’autant il avait fallu garder toutes les fenêtres ouvertes pour que ces vieilles tapisseries médiévales ne prennent pas feu spontanément. Mais, franchement, ces précautions étaient à peine suffisantes : dans sa combinaison en dermoglue, Jack suait par toutes les pores de sa peau.
Au moins, Il avait pu entrer. Après avoir escaladé les parois du château-fort niché sur un pic des montagnes bavaroises, il se trouvait enfin dans la base de la Reichtechnishgeheimamt. Il s’était rapidement débarrassé du harnais de montagne fourni par le professeur Stringer et attendait que les patrouilles nazies se fassent moins fréquentes avec le milieu de la nuit.
Jack savait qu’il n’aurait qu’une seule chance de pénétrer dans le laboratoire de « Main-Rouge » Schneider. Ce que le principal savant travaillant pour Hitler y faisait était inconnu. Mais, s’il fallait en croire le message inachevé envoyé par un agent récemment disparu, le Réseau Titan devait s’en inquiéter. Et drôlement encore !
Deux bergers allemands portant des ÜH (les célèbres Überwachunghelm popularisés par les chasses de Goering en Forêt Noire) passèrent près de la cachette de Jack. Heureusement, ce dernier avait pris soin de déposer quelques gouttes de NoScent autour de lui et les chiens l’ignorèrent.
Enfin, alors que ses cuisses s’engourdissaient et que ses mollets commençaient à être douloureux de crampes, Jack se décida à bouger. Il était presque quatre heures du matin, le moment où les sentinelles du monde entier relâchaient leur surveillance.
Jack se glissa sans bruit au travers du château – ses nouvelles chaussures avaient été montées sur des semelles isophones, brevetées par Dupont de Nemours ; elles n’étaient vendues qu’aux services de sécurité américains mais le Réseau s’en était procuré quelques dizaines de paires pour ses agents. Cela n’empêchait pas jack de faire attention où il mettait les pieds : il avait déjà repéré plusieurs détecteurs dont au moins un lui était inconnu.
Jack s’arrêtait au moindre chuintement, au moindre souffle d’air, au moindre choc métallique qu’il entendait. Sa légendaire prudence lui avait sauvé la peau plus d’une fois et son instinct lui criait très fort dans les oreilles qu’il serait mieux au bar du Sheraton de New York que dans l’antre d’un nazi à moitié dément. Pourtant, cette nuit, il semblait sourd aux appels de sa raison…
La lourde porte de métal riveté qui menait au laboratoire était entrouverte. Jack aurait dû frémir et s’en inquiéter mais il confondit coup de chance et coup fourré. À peine s’était-il glissé à l’intérieur du vaste espace aménagé sous le château, emplit de machines-outil et d’installations industrielles chaotiques, qu’un ordre claqua : « Frieren Zi ! »
Jack plongea sur le côté, à l’abri d’une lourde paillasse encombrée des déchets d’une expérience ratée. Aussitôt une longue rafale de MG-34 vint s’écraser à l’endroit où il se trouvait un instant plus tôt. Jack entendit le mouvement des soldats sur sa droite. Derrière eux, quelqu’un, quelque chose, faisait claquer la culasse du MG. Jack se redressa brusquement – son Colt automatique à chargeur hélicoïdal cracha ses douze premières balles en moins de quatre secondes, chacune faisant mouche grâce au système d’acquisition automatique des projectiles autopropulsés.
Jack n’eut que le temps de se mettre à l’abri avant que la MG n’aboie de nouveau. L’énorme créature simiesque, au poil d’un blanc immaculé, visait juste. Ses implants cathodiques étaient éclairés par des tubes à vide Flemming et sa face monstrueuse luisait ainsi d’une curieuse lumière verdoyante. Jack rampait pour changer de position quand un coup douloureux au creux de ses reins le fit grimacer de surprise.
Jack eut le temps de se dire que Frau Hilma Schneider, l’épouse du savant, était magnifique dans sa combinaison de cuir souple, ses formes parfaitement galbées par la noble matière. L’instant d’après, il crachait sang et salive, la lèvre déjà gonflée par le coup de latte vicieux qu’elle lui avait donné en souriant.
L’holographe du visage de « Main-Rouge » Schneider apparut au-dessus de l’agent du Réseau Titan : « Arch, che vous en brie, herr Jack ! Nous vous addendions ! Fenez donc me rejoindre et devisons gaiement… Ne vous gachez bas ces dernières brécieuses minutes en ce bas monde ! »
Jack soupira… Le professeur était d’humeur à bavarder ; il avait encore une chance de s’en sortir !
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